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Le Cameroun se porte mal et même très mal. Au crépuscule de sa présidence, Paul Biya se retrouve rattrapé par 37 ans de gouvernance.

Lâché à mots clairs par les Etats-Unis, certains soupçonnent même la France de ne pas être loin de lui tourner le dos. Lors de sa prestation de serment du 06 novembre dernier, la pique venant du président de l’assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, fera mouche : « vous aviez promis sur les ondes de radio Monte Carlo de laisser aux Camerounais la démocratie et la prospérité. La démocratie est bel et bien là. Quant à la prospérité, elle viendra ». Une claque de la part d’un cacique du pouvoir. Le lustre de la couronne s’est atténué, même si elle est toujours nimbée d’or. Il se chuchote au palais d’Etoudi que le chef vit mal le lâchage en règle de ces partenaires qui ont pourtant par le passé contribué à affermir son pouvoir. Pour ce qui concerne les Etats-Unis, c’est en effet depuis 2011 qu’ils ont marqué leur virage. Sa candidature à cette époque avait été mal perçue, tout comme celle de 2018, qui avait lieu dans contexte encore plus particulier.

Peter Henry Barlerin, actuel ambassadeur des Usa au Cameroun, lui avait conseillé de quitter la scène, de penser à son héritage, comme Nelson Mandela ou Georges Washington. L’émotion colérique de l’élite gouvernante du Cameroun n’y avait rien changé. Comme pour assumer ses paroles, le même ambassadeur, au cours d’un séminaire organisé à l’intention des journalistes en préparation de la présidentielle 2018, déclarera : « j’ai 60 ans. A cet âge, j’ai vu plusieurs personnes de ma génération mourir. Qui plus est lorsqu’on a l’âge de votre président. C’est normal de penser à passer le relais ». Les Etats-Unis n’ont jamais félicité la victoire de Paul Biya à la présidentielle 2018. Il y a quelques jours, un rapport du département d’Etat sur les droits de l’homme a remis en doute la victoire du président camerounais, en indexant entre autres des irrégularités rédhibitoires.

Les Français aussi commencent à penser à l’alternative, même si cela se fait sans tambour ni trompette. Une source bien introduite au sein de l’ambassade de France au Cameroun nous a d’ailleurs indiqué il y a peu que « nous avons déjà demandé au président Biya de penser à son héritage ».

Ce que le président de la République n’avait pas prévu, c’est la bourrasque américaine contre lui. C’est parti crescendo, depuis Donald Trump lors de l’assemblée générale des nations unies, qui dira que l’Amérique sera vent debout contre ces régimes qui coupent internet, maltraitent les étudiants, oppriment les libertés ; jusqu’à son sous-secrétaire d’Etat en charge des affaires africaines, Tibor Nagy, qui n’a pas porté de gang à son égard.

Les uppercuts se sont enchaînés depuis l’annonce de l’arrivée de cet homme au Cameroun en visite officielle du 17 au 18 mars derniers. Sur les antennes de Rfi, il qualifiera les mesures gouvernementales camerounaises prises dans le cadre de la crise anglophone d’insuffisantes et d’inefficaces. Les Américains s’apprêtent à imposer un dialogue inclusif qui risque d’avoir pour conséquence un départ précipité de Paul Biya. Pour l’arrestation de Kamto, il demandera sa libération immédiate. Sur France 24, par des mots à peine voilés, Tibor Nagy critiquera le règne éternitaire de Paul Biya, source pour lui de tous les malheurs du Cameroun. Fort heureusement, le Cameroun ne veut pas acquérir la bombe atomique, mais on n’est pas loin d’être mis sur la même échelle que l’Iran ou la Corée du Nord.

Au sortir de l’audience à lui accordée par le président Camerounais, Tibor Nagy tiendra des propos qui démontreront que le président camerounais y a laissé des plumes. En déclarant que les Américains ont besoin d’un Cameroun stable, il voulait dire que notre pays est instable vu le contexte sociopolitique. Le président Camerounais a dû faire de nombreuses concessions, raison pour laquelle le plénipotentiaire américain l’a traité de « sage » et « d’intelligent ».

Au soir de sa présidence, Paul Biya, qui a pris fait et cause pour l’aile dure de ses conseillers, multiplie les gaffes. Dans la crise anglophone, l’option militaire a été privilégiée, malgré des positions contraires notamment au sein de l’armée. On se souvient que l’ex-commandant des forces de défense dans la zone anglophone, le Général Melingui Nouma, avait soutenu qu’il était impossible de gagner cette guerre par la seule voie des armes. Le conflit s’est transformé en bourbier, il s’est vietnamisé.

Dans la même veine, Paul Biya a mis aux arrêts Maurice Kamto, le leader du Mrc qui, le 26 janvier dernier, a organisé des marches blanches. Une arrestation qui s’est internationalisée, mettant le Cameroun sous les feux des projecteurs, ce que Paul Biya n’a jamais aimé. Kamto est devenu un paquet encombrant entre ses mains. Comment sans débarrasser aujourd’hui via une sortie honorable ?

En outre, Paul Biya comprend que sa gestion a transformé son pays en une vaste zone insécure. 5 régions sur 10 vivent des soubresauts sécuritaires. Financièrement, le Cameroun ne tient plus. L’inflation qui étrangle les citoyens, le chômage endémique, l’endettement croissant, le diktat du Fmi et de la banque mondiale qui a récemment demandé au Cameroun de rembourser certaines dépenses jugées injustifiées, tout cela est de mauvais augure.
Le régime ne tient plus que grâce à l’embourgeoisement d’une certaine élite. Mais, pour combien de temps ? Entre temps, sentant la fin de règne, son océan de pouvoir est plus que jamais infesté de requins prêts à tout pour lui succéder.

L’opération épervier, lancée en 2006 pour sanctionner les ambitieux, ne décourage pas. Les ambitieux sont comme des hydres. A peine une tête est coupée qu’une autre surgit. Les clans d’une même ethnie s’affrontent pour le contrôle du pouvoir et surtout du mécanisme successoral. Vieux et affaibli, mais toujours rusé, Paul Biya tente de résister. Il est encore peut-être loin d’un destin à la Mugabe ou à la Bouteflika.

Source: 237online.com

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