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Rencontre avec le Pr Jean Claude Shanda Tonme sur la sortie fracassante de l’Ambassadeur américain sur le départ de Biya du pouvoir.

Personnellement j’ai une haute idée du Chef de l’Etat Camerounais, et j’aime à répéter que personne ne changera sa nature. En plus, au regard de la façon dont il a accédé au pouvoir, j’ai de la peine à penser qu’il en parte comme certains fous et illettrés ailleurs. C’est un intellectuel, un séminariste, un chrétien et un haut commis de l’Etat qui fut choisi certainement pour la façon dont il servait et dont Ahidjo était sans aucun doute fier. Maintenant, comment ne pas lui dire, par profonde affection et par honnêteté, qu’il faudrait qu’il songe à faire le geste, le pas qui sauve…

SHANDA TONME, qu’elle analyse faites-vous de la sortie de l’Ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun ?

Objectivement, j’avoue que je suis un peu perdu dans cette déferlante polémique qui rappelle d’autres temps et d’autres acteurs. Un diplomate s’est exprimé, et ce dans la pure tradition de ce qui fait le rôle premier de l’émissaire accrédité, sous la forme d’un compte rendu d’audience, et rien de plus. Pourquoi en faire une patate chaude ?

Mais le Diplomate a quand même touche un point sensible, procédant par communiqué sur au moins une partie de la teneur de son entretien avec le Chef de l’Etat, ce qui selon certains n’entre pas dans les usages protocolaires ?

Oh la la, que non ! les thuriféraires qui en font un grand drame, parce qu’il prétend avoir conseillé au Chef de l’Etat de penser à se retirer, font fausse route. Tous les jours ce genre de remarque a cours dans la pratique des relations diplomatiques sans que cela ne bouleverse ni la portée, ni le principe des rapports usuels. Il faut sans doute y voir d’un côté une démarche de routine avec quelques insinuations réelles, et de l’autre côté, une frilosité relevant du contexte politique et sécuritaire particulièrement sensible qui est celui du Cameroun aujourd’hui.

En somme vous n’y trouvez rien de grave ?

C’est exact, et le reste n’est que démonstration de servilité trompeuse et intéressée de quelques courtisans qui d’ailleurs en privé, tiennent des propos bien plus désobligeants à l’endroit du Chef de l’Etat.

Mais un diplomate devrait-il osé tant de choses, je veux dire, provoquer le monde politique ou les pouvoirs établis ?

Mais tenez, la convention de Vienne de 1961 qui gouverne les relations diplomatiques, insiste sur la dimension du renseignement et de l’information dans les missions du diplomate. Il use et abuse même des voies et des moyens pour s’informer et informer son pays. Et puis, si seulement on vous lisait les notes diplomatiques qui sont élaborées au quotidien et transmises en temps réel, vous sauterez de votre siège. Je préfère ne pas vous dire que ce sont des peintures sombres, désespérantes et alarmantes. Vous aurez certainement constaté qu’il n’y a presque plus d’Européens dans les rues de Yaoundé. C’est la résultante de ces notes à partir desquelles, des consignes d’abstention de voyager dans tel ou tel pays sont ventilées.

Sur le fond, pensez-vous que l’Ambassadeur exprime une position personnelle, ou celle de son pays ?

Il peut arriver qu’il se produise des dérapages, mais dans le cas d’espèce, je ne crois pas que ce soit le cas. La démarche de ce diplomate a été solidement préparée et ordonnancée, et ne peut être qu’un message, une instruction du Département d’Etat. Mais une fois de plus, tout dépend de la manière dont l’opinion, le gouvernement et les dirigeants politiques reçoivent, perçoivent et utilisent l’événement. Souvenez-vous des motions de soutien en 1987 quand le chef de l’Etat avait déclaré que nous n’accepterons jamais le diktat du FMI. Mais quelques mois seulement après, nous y étions, en rappant, et même que par la suite, nous avons lutté pour être classé comme un « Pays pauvre très endetté ».

Voulez-vous critiquer ceux qui, leaders politiques et d’opinion qui ont exprimé une certaine critique à l’endroit de ce diplomate ?

Il faut comprendre que nous sommes dorénavant infestés d’affamés, d’ignorants, de Perreux, de courtisans, d’indigents et de corrompus de tous les genres. Personnellement j’ai une haute idée du Chef de l’Etat Camerounais, et j’aime à répéter que personne ne changera sa nature. En plus, au regard de la façon dont il a accédé au pouvoir, j’ai de la peine à penser qu’il en parte comme certains fous et illettrés ailleurs. C’est un intellectuel, un séminariste, un chrétien et un haut commis de l’Etat qui fut choisi certainement pour la façon dont il servait et dont Ahidjo était sans aucun doute fier. Maintenant, comment ne pas lui dire, par profonde affection et par honnêteté, qu’il faudrait qu’il songe à faire le geste, le pas qui sauve. Une analyse forte de la personnalité et des motivations de ceux qui sont montés en première ligne après la sortie du diplomate, laisse perplexe. La plupart soit ont des choses à se reprocher, soit sont tenus par les services qu’ils ont reçus, des libéralités de toute nature. Pour les politiciens, ils me font pitié, et dire qu’ils ambitionnent de prendre le pouvoir et de convaincre les populations. Ce sont tous de piètres individus qui insultent le président la nuit, et tiennent un autre langage le jour.

En somme vous plaidez pour un apaisement, ou pour le soutien du diplomate ?

Ah, non, vous me prêtez des intentions. Je suis clair : il n’y a rien de répréhensible ou de catastrophant dans la démarche de cet ambassadeur. Il fallait prendre acte et laisser passer le vent. On voit ces choses tous les jours, et les relations internationales avancent et subsistent. Entre observations, prises de position, menaces, conseils, et autres, s’interposent toute sorte de mécanismes de traitement et de communication des rapports diplomatiques qui échappent à la perception courante.

Les Etats Unis ont toujours été et demeurent un partenaire fort et régulier pour le Cameroun. Vous ne le savez peut-être pas, mais l’un des tous premiers accords internationaux de caractère bilatéral signé par Paul Biya, ne fut pas avec la France, mais avec les Etats Unis, et concernait la protection et la promotion des investissements, en 1985. Cela veut tout dire.

Les choses sont-elles dans la même lancé ?

La preuve, l’importante contribution des Etats unis à la lutte contre le terrorisme. Je signale, et peu de Camerounais le savent, que c’est surtout grâce aux moyens de renseignement sophistiqués des Américains, que nous avons mis Boko Haram sous contrôle sur le front nord. Et puis, le don des avions utiles et adaptés, en plus du demi-millier de soldats stationnés là-haut. Je crois qu’il faut parfois savoir se taire, prendre la mesure des rapports des forces et fermer les yeux. Quelqu’un de plus fort peut vous gifler même pour rien, et vous vous taisez.

A quoi cela sert t-il par exemple d’aboyer au passage d’un Caterpillar ? Que ceux qui continuent de croire qu’ils peuvent toujours s’armer de fusils de chasse pour affronter les chars d’assaut lourds changent vite de chanson et se mettent au garde- à-vous devant les grands frères. Pour parler fort, la Corée du Nord a d’abord pris le soin de développer et de tester avec succès sa bombe nucléaire.

Et pour ceux qui ont tout simplement faim, ils peuvent quémander autrement après du Président sans se déshabiller dans la rue. Paul Biya est connu pour son humanisme, et il n’a pas besoin que l’on se prostitue pour aider les gens à aller se soigner, à acquérir une maison, à manger et à survire ou même à échapper à certaines poursuites. Je ne citerai pas les noms, tellement ils sont nombreux.

Il faut être honnête et c’est encore mieux ainsi.

Pensez-vous que c’est la crise anglophone qui peut justifier cette sortie ?

Mais, que de ratés chez les gens ! En citoyen honnête et responsable, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises. Il n’y a pas une crise anglophone, nous avons une crise institutionnelle globale, que nous devons travailler tous à régler, pacifiquement. Ne nous voilons pas les yeux. Il est indéniable que trop de courtisans cherchent à induire le chef de l’Etat en erreur, mais ils vont finir par être démasqués, renvoyés ou même marginalisés, et nous avancerons. Je considère comme des amis, tous ceux qui peuvent se préoccuper de l’alternance dans notre pays. Le président lui-même a de jeunes enfants, et voudrait les voir grandir dans un pays heureux, et surtout marcher la tête haute partout demain.

Vous semblez très touché par la situation dans les deux régions ?

Mais il n’y pas que moi, je crois qu’aucun de nos compatriotes honnêtes et aimant son pays, ne peut être heureux ni tranquille en ce moment. Chaque fois que je vois les images des soldats et des civils tués, des écoles incendiées, j’ai de la peine à manger à ma table. Il m’arrive de marcher en bavardant seul ou de me réveiller en pleine nuit et me poser sans arrêt la question : Qu’est-ce que nous avons fait au bon Dieu ?

En résumé, on ne peut pas parler de crise diplomatique entre le Cameroun et les Etats unis ?

C’est exact, on ne saurait se fendre dans de telles considérations ou qualifications. Une crise diplomatique ne se construit pas, ne se développe pas, et ne se manifeste pas dans la plénitude de ses conséquences et implications pour si peu et de cette façon. IL faut bien plus d’ingrédients qui pour le cas d’espèce ne sont pas réunis, ni annoncés et encore moins amorcés.

La diplomatie est l’art de la mesure des proportions des conflits éventuels, en fonction de la portée des incidences sur l’agencement des rapports des forces d’une part, et d’autre part selon la modification circonstanciée des rapports des forces et des intérêts subséquents compromis. Nous en sommes très éloignés.

Source: Camer.be

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