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J’étais alors chômeur à Yaoundé, je venais de quitter l’université, Ferdy avait quitté la maison familiale, papa était rentré au village et je me retrouvais seul avec 4 petits frères et sœurs à m’occuper parmi lesquels Louis-Marie, malade et handicapé, sa compagne, la mienne et ma fille aînée.

Comment nourrir ce beau monde, sans travail ?

Alors j’ai réfléchi. Nous achetions de l’eau chez un voisin à 25 FCFA le seau de 10L et 35 FCFA la bassine de 30L. Et j’avais remarqué que la SNEC de OBOU FEGUE vendait le mètre cube soit 1000L à 350 FCFA.

Et je me suis dit ceci : si je vends le litre d’eau à 1 FCFA, le mètre cube produira 1000 FCFA. Ce qui signifie que le seau de 10L à 25 FCFA chez le voisin, coûtera 10 FCFA chez moi, c’est à dire moins de la moitié du prix.
Ok. Donc en achetant le m3 à 350 FCFA à la SNEC, je pourrai le revendre à 1000 FCFA avec un gain de 650 FCFA globalement.

Ok. Comme avoir un compteur à la SNEC était au-dessus de mes moyens, j’ai négocié avec Nyamsi mon voisin, qui m’avait pris une caution et vendu un compteur divisionnaire. Il ne me restait plus qu’à lui verser le montant de ma consommation d’eau mensuelle.

Ok. J’ai donc fait installer un simple robinet dans la cour familiale ainsi que des affiches qui précisaient le prix de l’eau (1L à 1 FCFA ; 5L à 5 FCFA; 10L à 10 FCFA; 20L à 20 FCFA…, L’EAU POTABLE C’EST LA VIE…etc)

Et le succès fût rapidement au RDV. Les gens du quartier n’en croyaient pas leurs yeux, tout le monde était content et je vendais plusieurs mètres cubes par jour. Il y avait des pièces de monnaie partout dans la maison, toute la famille nageait dans le bonheur et l’opulence des pauvres.

À 5 ans seulement, ma fille aînée était très sollicitée : « Mon amie viens me vendre l’eau »

Les voisins qui vendaient l’eau à 25 FCFA les 10L sont venus pour m’engueuler. Alors je leur ai expliqué ma politique, à savoir qu’il ne s’agissait pas simplement de gagner de l’argent, mais aussi d’aider les gens à ne plus boire l’eau polluée des puits…et qu’ils gagneraient plus d’argent en faisant comme moi.

Alors ils m’ont compris, ont commencé à vendre au même prix que moi, ça fait tache d’huile comme je l’espérais et tout le monde était content.
J’étais très heureux de gagner de l’argent mais beaucoup plus encore de participer à protéger la santé des populations.

C’est ainsi qu’un matin, de jeunes blancs, des français de l’Association Française du Progrès AFP ont frappé à ma porte. Ils m’ont dit que la rumeur sur mes activités étaient parvenue à leurs oreilles. Qu’ils en avaient été surpris et émerveillé. Qu’ils voulaient m’inviter à Douala à une conférence regroupant la Communauté Urbaine de Douala (CUD), la Société Nationale des Eaux du Cameroun (SNEC) et beaucoup d’autres organismes et l’État du Cameroun.

Le thème de cette conférence portait sur un projet de distribution d’eau potable au Cameroun à travers l’implantation de bornes fontaines à pièces achetées en Suisse au prix de 600 000 FCFA l’unité. Les pièces de rechanges devaient également être achetées en Suisse…etc. D’ailleurs quelques bornes pilotes étaient déjà en test au Cameroun donc 3 à Yaoundé.

Alors j’avais rapidement examiné la question sur les milliards que le Cameroun allait dépenser pour fournir tout le Cameroun en bornes fontaines aussi coûteuses.

De plus, il faut préciser que le prix de l’eau à ces bornes était moins cher soit 10 FCFA pour 25L mais, il fallait un employé présent pour vous fournir la pièce qui fait couler l’eau soit 25L d’un trait même si vous n’avez besoin que d’un litre. Le gâchis d’eau déjà traité et transporté de Mbalmayo à Yaoundé était insoutenable à ces bornes pilotes.

Alors que chez moi, il suffisait d’un simple robinet devant sa porte et le tour était joué. Et ça faisait 8 mois que je vendais de l’eau et tout se passait très bien.
Voilà ce que je suis allé démontrer à la conférence de Douala tout en démontant le projet d’achat de bornes fontaines de plusieurs milliards de FCFA à la Suisse.

Et j’avais été suivi puisque la SNEC avec l’aide des mairies et autres, ont par la suite vulgarisé les robinets dans tout le Cameroun où arrivait l’eau potable au prix qui était le mien soit 1Fcfa le litre.
Ce que je regrette, c’est que la SNEC ai exploité en totalité mon idée, sans le moindre signe de reconnaissance, la moindre lettre de remerciement.

Ce que je regrette aussi, c’est de n’avoir pas eu la présence d’esprit de protéger mon idée, je m’attendais pas à un succès à l’échelle nationale, c’était une une surprise, une bonne surprise malgré tout car de Douala à Yaoundé, de Nkongsamba à Garoua en passant par Bafoussam, tout le Cameroun a pu profiter de mon idée, au grand dam des suisses, qui étaient restés le bec dans l’eau.

Et pour finir, certains comme d’habitude vont me demander pourquoi l’autre photo

Justement, c’est pour dire ceci : le Cameroun a plein de gens très intelligents et mon frère que j’aime malgré tout, a toujours été 1er à l’école, comme son célèbre professeur actuellement à Kondengui avec tant d’autres personnes tout aussi intelligentes mais, le système, c’est le système qui gâche tout, car il est mauvais, il est pourri et fait trop de mal au Cameroun.

Bougeons-nous pour que ça change, sinon nous n’arriverons nulle part.

source https://www.cameroonweb.com/CameroonHomePage/features/J-ai-aid-le-Cameroun-conomiser-des-milliards-au-d-triment-de-la-Suisse-472327

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